"Modes inconditionnels
des Aubes mensongères"
de
Ezza Agha Malak




 





Modes inconditionnels des Aubes mensongères


POESIE

Dans les quatre parties qui composent le recueil, le regard est porté non seulement vers le monde extérieur, mais aussi vers le monde intérieur et intime des objets et des êtres. Une poésie qui étend ses racines au fin fond de l'âme et de l'esprit et qui dit ce que l'on voit et vit, abhorre et adore : points d'attache et point de mire, plaisirs déboires, vicissitudes de l'esprit vénal qui règne , guerre et paix intérieures et extérieures, amour et tendresse, seuls garants contre la violence.

C'est le quotidien riche en poésie et en matières ; une plongée dans l'âme s'ouvrant sur un troisième millénaire voguant sur les solitudes et les espoirs équivoques.








Modes inconditionnels des Aubes mensongères

Quelques notes sur le recueil de poèmes
" Modes inconditionnels des Aubes mensongères " de Ezza Agha Malak
Par Jules Martel Programmateur neurolinguistique (Canada)



En m'offrant le privilège, en tant que programmateur neuro-linguistique, d'entrer dans ce monde particulier de la poésie d'Ezza Agha Malak, je me trouve confronté à une multiplicité de choix qu'il faut bien mesurer. On entend toujours ce que l'on veut entendre, on voit toujours ce que l'on veut voir et l'on sent ce que l'on veut sentir et ainsi de suite. Dans cette quête du savoir-faire, la lecture poétique révèle le lecteur à lui-même, autant que l'auteur à son lecteur. Et c'est ainsi que l'angoisse créatrice de celui qui écrit revit chez son lecteur.

Porter quelques commentaires sur la poésie de Ezza Agha Malak est en soi téméraire et en même temps stimulant. Téméraire parce que le travail est de taille pour qui veut en saisir la puissance poétique, et stimulant parce que le risque est beau pour qui veut s'y laisser séduire.
La devise emblématique de l'expédition à la quelle nous sommes conviés est Modes inconditionnels des Aubes mensongères, titre du recueil de poèmes. Pour en apprécier la portée, il faut en connaître la mélopée. Dans un " mode " individuel ou collectif, l'auteure décrypte implacablement, sans condition et sans discussion, le trompe-l'œil d'une réalité qui s'écrase sous de faux espoirs ; dans l'espérance d'un jour nouveau.


POÈMES D'AMOUR ET D'AVANIE

La première partie du recueil est une intense et combien belle complainte remplie de chagrin, de peine et de souffrance. Le mal d'avoir mal aimé : suppliques, passion, déchirures et regrets.

J'aurais voulu te dire… encore une fois… je t'aime
Mais il était… un peu tard
Il était vraiment trop tard.


Une prière qui monte solitaire. Une beauté qui s'épanouit sans pudeur. Une douceur qui s'exprime dans la douleur. Une générosité qui pousse au pardon et à l'amour : c'est de cette manière qu'est restructurée la trame poétique d'où se dégage une tonalité toute féminine : nuances, harmonie et force. Comme les eaux abondantes d'une source intarissable, les mots surgissent secrètement pour envahir discrètement le miroir de l'étang ; et sans en avoir l'air, s'échappent en rapide qui gronde avec la chute, au bas de laquelle, dans cette noirceur du gouffre, jaillit dans le fracas une sombre lumière.


AUTREMENT DIT

Quoique moins ardente que la première partie, la couleur harmonique de cette deuxième série de poèmes est plus imposante, plus majestueuse. Elle est comme tout ce à quoi touche la poétesse, tout à fait personnelle et congénitale. Que d'agrégats elle invente, que d'enchaînements spontanés viennent secourir la structure initiale de l'idée pour rendre le mal existentiel :

Quand la terre finit sa ronde lugubre
Nous irons voir la verticalité
De la pluie et la platitude de l'horizon. (p. 67)


Ou encore :

Regardez ce monde qui vacille dans un moment
De doute !
………..
C'est le moment le plus pénible de l'existence
Celui de se séparer de son être
Le dénier…
Pour le réconcilier en holocauste
Avec la vie. (p.70)


Les poèmes d'AUTREMENT DIT ne tiennent pas en vertu d'une recette, mais par une sorte de logique qui leur est propre et qui tiennent les idées en suspens comme en état de survol. La poésie de Ezza Malak flotte et submerge, ce qui ne signifie pas qu'elle dérive.


PAYSAGES DES HAUTS PARAGES DE MON PAYS

Dans cette partie du recueil, l'attention est forcément attirée, selon une division savante, sur les sous-titres plutôt que sur le titre initial.
Le sous-titre, De petits Hommes de l'Ici, sous-tend quatre espèces d'homme à l'état brut qui ne tardent pas, par la suite, à devenir la " brute " même : Le reptilien, le ruminant, Le vassal, Et… des cancrelats. Quatre portraits de bêtes et je peux même dire à ce propos, quatre joyaux ciselés à la pointe d'un diamant silencieux et mordant. Quatre chefs-d'œuvre.
Jean de la Fontaine avait la réputation d'avoir développé l'art de " faire la leçon " aux grands de ce monde sans les dénoncer ouvertement. C'était le temps où Agha Malak n'était pas.
En relisant et relisant ces quatre poèmes, on découvre la puissance des mots et le pouvoir de dresser des portraits, qu'une femme comme notre poétesse utilise avec une maîtrise surprenante, autant par le vocabulaire que par l'image qu'elle dresse des hommes de sa société. Elle réalise ces tableaux avec une infinie subtilité et une volonté impitoyable de rendre la réalité concrète, et dénoncer élégamment, délicatement et subtilement, la sordidité et la mesquinerie ignoble. D'un fil de soie pure, mûrement choisi, elle trame minutieusement la toile dont la subtilité et la beauté deviennent explicites. Que dire mieux du reptilien, du ruminant, du vassal, et des cancrelats qui circulent dans notre société ?
Qui aurait dit qu'une poétesse aussi amoureuse de l'amour, de la beauté, comme le fait ressortir la première partie du recueil, puisse avoir ce sentiment de dédain, de révolte et de mépris pour dénoncer, comme elle le fait, avec autant d'autorité ses " petits hommes de l'Ici " ?


PAYS DE LA MÉMOIRE DES ARTÈRES

Dans cette dernière partie du recueil, une " cathédrale " s'élève pour dominer dans la lumière. Une cathédrale ingénue, vivante et combien belle. Elle a pour nom Vieille fille ingénue ou simplement " Tripoli ", la ville natale de la poétesse. C'est elle, l'auteure, qui mène la visite, qui sert de guide. Tout est beau, tout est odorant et harmonieux. Plaisirs des sens comme de l'esprit, beauté du paysage et des objets. Qui, sous la plume de l'auteure, auront une âme, ou tout simplement deviendront animés. Sourires, plaisirs, séduction, tendresse, etc. … quelque chose qui confine à l'indicible et l'ineffable.
Pour " visiter " selon l'exhortation de la poétesse, faite à la fin de ce poème, pour accepter l'invitation qu'elle nous fait, force nous est d'ouvrir grand les yeux, les oreilles, les narines puis le cœur et l'âme à la douceur du paysage, du spectacle ; car, dans cette description, c'est un spectacle affable qui se prépare. Une série de " correspondances " peut-on dire est dans l'attente des visiteurs. On se laisse charmer par la description de la ville. Suivez le guide Agha Malak, et laissez-vous bercer par le rythme de la phrase et la beauté des images. C'est sa ville natale, elle connaît, mieux qu'aucun autre, ses angoisses et ses joies, ses dédales et ses horizons. Mieux que quiconque, elle a cette mâle assurance de vous la faire aimer. Tripoli : vous pouvez vous arrêter pour mieux savourer le jus de caroube et pour mieux sentir l'eau des fleurs d'oranger, revenir sur vos pas, tel que vous conduit la poétesse, pour mieux apprécier et estimer. Tripoli est humaine, accueillante, chaleureuse, spirituelle, fragile, innocente, sensible … tout comme peut l'être une " fille ingénue ", tout comme ses filles anciennement voilées.
Il faut dire que le poème qui parle de Tripoli, et qu'on peut comparer à une cathédrale, ce poème tranche sur tout les autres poèmes du recueil. Vieille fille ingénue, une incontournable. À lire absolument.

Entrer avec empathie dans le monde subjectif de Ezza Agha Malak, c'est accepter de s'oublier pour se laisser entraîner dans son univers poétique. Un engagement qui repousse les limites de nos émotions.
Une femme qui exploite ses talents de créatrice avec autant de liberté et d'adresse doit, non seulement posséder une intériorité exceptionnelle, mais surtout avoir les deux pieds bien plantés dans la terre humaine pour explorer avec autant d'aisance et de courage, cette émouvante inspiration et cette audacieuse expérience qu'elle laisse partager avec autant de générosité.