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Témoignage : Andréa Lassard (nationalité canadienne), boursière de stage professionnel en Médecine. Évacuée, avec les 3 autres stagiaires canadiennes, le 23 juillet 2006

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Pendant la nuit du 12 au 13 juillet, les premières bombes tombent sur l’aéroport de Beyrouth. On regarde à partir de notre balcon. On écoute. Tout est nouveau pour nous. Pour chacun, c’est la première fois qu’on entend tomber une bombe.  Par chance, nos amis libanais nous expliquent ce qui se passe…du moins ce qu’ils en savent. Dans les premiers temps, c’est l’incertitude qui domine. Nous savons que nous habitons dans un endroit sécuritaire, nous ne craignons pas pour nos vies. On se demande plutôt comment les choses évolueront. Le temps semble parfois long puisqu’on ne peut plus se promener autant qu’avant. Pas question de prendre un taxi pour changer de quartier puisqu’une route détruite entre temps pourrait nous empêcher d’y revenir. On se tourne donc davantage vers la compréhension du conflit. Lectures de journaux, discussion avec des amis, livres d’histoire…Entre temps, nous gardons un bon contact avec les gens de notre université qui travaillent très fort pour nous à partir du Canada. Les gens de l’AUF sur place nous appellent aussi fréquemment et nous répètent que nous pouvons les joindre en cas de problème. Et puis, les déplacés de guerre commencent à affluer dans notre quartier. Nous luttons contre notre propre impuissance en se joignant à des ONG pour aider dans la mesure de nos compétences. Cela fait du bien de se sentir utile, mais il est difficile de constater jour après jour le manque imminent de ressources. C’est triste d’aider à la distribution d’un repas dans un parc en sachant d’emblée que la nourriture sera insuffisante pour tous. Enfin, deux semaines après le début des hostilités, nous avons dû quitter avec l’évacuation canadienne. Nous avions nos passeports comme cartes de sortie contrairement à tous ces gens que nous laissions derrière. Cette expérience à contribuer à mettre à l’épreuve mes limites, à confondre mes repères et à colorer mes réflexions. Ce que j’ai trouvé le plus difficile toutefois, ce fut le retour. Un sentiment d’impuissance entremêlé de  tristesse face à ce qui continuait de se passer là-bas… le désir de n’avoir jamais quitté les gens là-bas ou encore d’y retourner… Mais plus le temps passe, plus je revois des passages de ce voyage sous un autre jour. Ce tableau en mosaïque teinté de hauts et de bas, je le rajoute à mon portrait. Tous les jours, que ce soit dans le cadre de ma carrière future ou dans mon quotidien, de nouvelles situations feront appellent à mon vécu. Des bribes de mon voyage au Liban passeront sûrement alors. Entre temps, mon expérience libanaise a contribué à m’ouvrir sur le monde et à attiser un désir de m’informer autant sur l’histoire que sur la situation actuelle des différents pays. Les derniers moments passés en terre libanaise à côtoyer des ONG ont confirmé mon désir de travailler au sein de l’une d’elles une fois diplômée.  Enfin, par le biais de ce que j’ai vu là-bas,  j’ai été sensibilisée à l’accueil des réfugiés dans notre pays. J’ai donc entrepris des activités de bénévolat en ce sens. Et quand les gens me demandent : «  Est-ce que tu comptes repartir un jour à l’étranger après ce qui est arrivé au Liban ?», c’est avec un sourire et des étincelles dans les yeux que je réponds : « Plus que jamais… ».

 

 

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